Améliorer ses formations grâce à la méthode KISS
Impact Formation - 43e édition
Temps de lecture : environ 7 minutes
Bonjour et bienvenue dans cette 43e édition de l’infolettre Impact Formation !
Actualités
J’ai eu le plaisir de m’entretenir avec Laure Perinel dans le cadre de l’un des épisodes de l’intersaison de son podcast “Dans les coulisses”. Le thème : “Quelles sont les erreurs courantes en évaluation de la formation ?” Nous en profitons pour discuter aussi de sujets connexes à l’évaluation (transfert des apprentissages, impact, analyse des besoins...). Vous pouvez écouter cet épisode sur différentes plateformes (Deezer, Apple Podcast ou Spotify).
Améliorer ses formations grâce à la méthode KISS
On a tous connu le fameux questionnaire d’évaluation “à chaud” en fin de formation : quelques cases à cocher, un commentaire ou deux, et l’impression d’avoir “collecté” de l’information utile.
Mais est-ce vraiment suffisant pour améliorer ses formations ?
Et, aussi, est-ce vraiment approprié pour tous les publics ?
L’évaluation ne se limite pas aux questionnaires et il existe des alternatives, potentiellement plus engageantes, et surtout plus actionnables pour réguler et faire évoluer ses pratiques.
Dans cette édition, je vous propose de découvrir comment la méthode KISS peut devenir une séquence pédagogique à part entière, prise en charge par les apprenants eux-mêmes, pour transformer l’évaluation en véritable outil d’amélioration continue de vos formations.
Pourquoi ne pas se contenter du questionnaire de fin de session ?
Le fameux questionnaire d’évaluation “à chaud” est souvent le “mal aimé” des professionnels de la formation. Souvent à tort, car bien conçu et bien exploité, il peut fournir des informations précieuses pour améliorer en continu ses formations.
Néanmoins, ce serait dans bien des cas une erreur de tout miser sur ce questionnaire pour évaluer et améliorer ses formations.
L’évaluation, plutôt que d’être présentée comme un événement uniquement postformation, peut et devrait aussi être considérée comme une activité pédagogique à part entière. En l’intégrant directement dans le scénario pédagogique de ses formations, on évite ainsi le phénomène décrit par les anglophones comme la “Survey Fatigue” (la lassitude face aux enquêtes).
Les pièges de la régulation traditionnelle
Lorsque l’on collecte des retours via les questionnaires, on peut avoir tendance à ne réagir qu’en cas d’alertes majeures, s’il y a eu des gros “couacs” dans le fond comme dans la forme de la formation.
On compile ainsi les données, on observe les tendances et on réagit si l’on est “dans le rouge”. Sinon, on n’agit pas vraiment et on ne “challenge” pas assez la formation en donnant la parole à ceux qui l’ont vécue : les apprenants.
Cas fréquemment observé : on garde tout, on améliore tout, on ajoute de nouvelles choses… sans jamais arrêter ce qui ne sert plus.
Ce serait oublier que la soustraction de certaines choses est souvent davantage souhaitable à l’addition permanente d’autres choses.
Résultat : des parcours qui s’alourdissent, des indicateurs qui se multiplient, et une régulation qui perd en efficacité.
Ce n’est pas la bonne volonté qui manque, mais un cadre simple et partagé pour trier, prioriser et agir.
Mon approche : la méthode KISS appliquée à la formation
La méthode KISS (Keep, Improve, Start, Stop) est une approche simple et efficace pour organiser l’analyse et la réflexion critique lors de la régulation d’un dispositif de formation ou d’évaluation.
Elle est fréquemment utilisée dans le monde de l’agilité, mais son auteur initial reste incertain. Son caractère structuré permet d’assurer un passage en revue complet et actionnable.
Elle s’organise donc autour de quatre grands thèmes :
K - Keep (Garder) : identifier les éléments qui produisent de bons résultats et qui doivent être maintenus.
I - Improve (Améliorer) : repérer les éléments qui fonctionnent mais pourraient être optimisés.
S - Start (Commencer) : déterminer les éléments qui manquent et qui pourraient améliorer le dispositif.
S - Stop (Arrêter) : identifier les éléments qui ne sont plus pertinents ou qui freinent l’efficacité.
Pour illustrer l’application de cette méthode, voici trois exemples de retours anonymisés produits par les apprenants eux-mêmes dans le cadre de formations variées.
Exemple 1 — Parcours hybride (présentiel + distanciel)
K - Keep (Garder) : pédagogie inversée (consultation de modules e-learning en amont et pratique active lors des temps synchrones), alternance travail individuel/collectif, petits groupes, livrables concrets.
I - Improve (Améliorer) : uniformiser le niveau sonore des vidéos, ajouter une synthèse “À retenir” après chaque quiz, clarifier l’engagement attendu (en termes de volume horaire à consacrer, notamment pour les travaux intersessions).
S - Start (Commencer) : publier un mémo récapitulatif faisant la synthèse des notions essentielles, simplifier l’accès à l’espace collaboratif (ici : Teams).
S - Stop (Arrêter) : éviter les temps synchrones qui tombent pendant les vacances scolaires.
Exemple 2 — Parcours d’Onboarding (intégration de nouveaux collaborateurs)
K - Keep (Garder) : sessions interactives en petits groupes, livret d’accueil synthétique.
I - Improve (Améliorer) : rendre les quiz plus ludiques, mieux orchestrer les temps d’échange, dédier du temps pour le suivi des modules e-learning.
S - Start (Commencer) : ajouter un module e-learning dédié au thème “Culture et valeurs”, un glossaire des termes spécifiques à l’entreprise, un système de mentorat, des points de suivi avec les tuteurs ou managers.
S - Stop (Arrêter) : présentations magistrales trop longues, documents d’accueil volumineux.
Ces retours étaient produits dans le cadre d’une séquence pédagogique vers la fin de la formation, consistant à réunir les apprenants en sous-groupes (de 3 à 4 personnes) et à leur demander de débattre des éléments à insérer dans les quatre cases d’une matrice KISS qui leur était fournie.
La méthode KISS donne de très bons résultats si le cadre de sécurité psychologique est posé et si les apprenants peuvent s’exprimer sans crainte de jugement.
Cerise sur le gâteau, elle est applicable dans bien d’autres domaines que la formation au sens strict ! À titre d’exemple, dans la 4e édition de L’évaluation de la formation (Dunod, 2025), Jean-Luc Gilles et moi-même la mettons au cœur de la 8e étape du cycle de Construction et gestion qualité des évaluations en formation (cycle CGQE). Elle permet ainsi de produire des données utiles permettant d’améliorer en continu le dispositif de formation et son évaluation.
La méthode KISS est donc un outil central dans les démarches qualité appliquées à la formation. Elle permet de passer d’une logique de “feedback subi” à une logique de “feedback choisi et partagé”, où chaque participant devient acteur de l’amélioration continue.
En mobilisant KISS, on favorise ainsi :
l’engagement des apprenants dans l’analyse critique du dispositif ;
la prise de recul sur ce qui fonctionne vraiment ;
la coconstruction de solutions concrètes et adaptées au terrain.
Passez à l’action
Voici quelques étapes à suivre pour faire de la méthode KISS une séquence pédagogique à part entière, animée par les apprenants :
Introduction en groupe : présentez la méthode KISS et ses quatre phases. Expliquez l’objectif : analyser le dispositif de formation pour l’améliorer ensemble.
Répartition en sous-groupes : chaque groupe travaille sur une phase (Keep, Improve, Start, Stop), ou sur un aspect du dispositif (contenus, modalités, outils, accompagnement), ou encore sur l’ensemble de la formation (comme dans les exemples donnés ci-dessus).
Collecte et partage : les apprenants identifient, à partir de leur expérience, ce qui mérite d’être gardé, amélioré, commencé ou arrêté. Ils formulent leurs propositions sous forme d’actions concrètes.
Mise en commun : chaque groupe présente ses conclusions. L’ensemble est synthétisé dans une grille KISS, qui devient le plan d’amélioration du dispositif.
Suivi et valorisation : les propositions sont intégrées dans le plan d’action de l’équipe pédagogique. Un retour est fait aux apprenants sur les évolutions retenues et leur impact, afin de leur montrer que les évaluations produisent des informations utiles et utilisées.
Boucle de régulation : la séquence peut être rejouée à intervalles réguliers (fin de module, fin de parcours, etc.) pour ancrer la démarche d’amélioration continue.
En impliquant les apprenants dans la régulation via KISS, on transforme le feedback en véritable levier d’engagement et d’impact.
La régulation n’est ainsi plus un simple rituel administratif, mais une séquence vivante, collaborative et porteuse de sens. C’est aussi une question d’exemplarité vis-à-vis des apprenants.
À bientôt pour une nouvelle édition,
Jonathan
P.S. : si vous avez apprécié cette édition, n’hésitez pas à cliquer sur le cœur et à la partager avec votre entourage professionnel.
Quand vous le souhaiterez, je peux vous aider de cinq manières :
Le livre L’évaluation de la formation : qualifié d’utile et pragmatique par les lecteurs des trois premières éditions (plus de 6 000 exemplaires vendus). La quatrième édition, coécrite avec Jean-Luc Gilles, présente une refonte de 80 % du texte.
Programmes de certification : le moyen le plus efficace pour monter en compétences sur l’évaluation de l’impact des formations (Kirkpatrick) ou le transfert des apprentissages (Learning Transfer Designer). Vos formations prendront une nouvelle dimension. Et vous aussi.
Conseil sur demande : le moyen le plus simple et accessible pour avancer sur l’une de vos problématiques. D’autres prestations sont également possibles.
Parrainage de l’infolettre : vous pouvez soutenir sa diffusion et gagner en visibilité auprès d’un public engagé dans la formation.
Formations numériques : outils collaboratifs (Microsoft 365), cybersécurité, administration systèmes… Sur ces sujets, les experts de l’Académie Agesys vous aideront à adopter les meilleures pratiques.

